Un réseau citoyen de soutien concret à l’agriculture paysanne, pour aider au maintien du potentiel nourricier de nos territoires. 

Peut-être que l’idée de donner une petite cousine provençale aux « brigades d’actions paysannes » belge est-elle né de ce texte écrit lors des mouvements agricoles de 2025 par un paysan en colère .

 

 

 

« ON VOUS SOUTIENT ! »

 

 

 

Combien de fois aurons-nous entendu cette phrase ? Sur les ronds-points et les barrages filtrants, sur les marchés par des candidats en campagne, des milliers de fois dans les commentaires de publications souvent douteuses et artificielles. Dans les sondages et sur les chaînes de télévision… On soutient.

 

 

 

90 % des Français soutiennent les agriculteurs.
Et encore au Salon international de l’agriculture, avec le slogan « Venir, c’est soutenir ». Des sénateurs, des députés… Ne pas soutenir, c’est être banni.

 

 

 

Mais vous soutenez quoi ?

 

 

 

Oui, on soutient quoi ? Des fermes immenses pour rémunérer les investisseurs, exporter et juste payer des chauffeurs ?
Des systèmes capables d’anéantir des millénaires en l’espace d’un demi-siècle ?

 

 

 

Vous soutenez des cochons à la chaîne et des légumes OGM, des drones perspicaces et des molécules « efficaces » ?
Ou bien soutient-on des hommes et des femmes qui ont choisi ce métier pour en vivre, pour travailler avec le vivant et pour les vivants ?

 

 

 

On ne se paie pas de mots ! Surtout quand les mots perdent leur sens au moins aussi vite que notre travail.
On demandait du revenu, on nous répond : éradiquons les normes.

 

 

 

On demandait du respect, on nous répond : impératifs scientifiques.
On demandait de la protection, on nous répond : Mercosur.

 

 

 

On est passé de « nourrir le monde » à « garantir la souveraineté alimentaire » : mots-valises et mots trompeurs, qui n’ont d’humanité que la couleur.
Des mots qui voudraient nous faire croire qu’il y a encore à espérer derrière le paravent des discours détournés.

 

 

 

Mais les derniers oripeaux de l’épouvantail se sont envolés lors du discours de Madame la Ministre, le 23 février.
C’est la guerre ! La guerre économique et agricole, la compétition sans merci où tous les coups sont permis, et il faut se rendre à l’évidence : « la ferme familiale française n’est pas à la hauteur de la taille critique » prévue dans le modèle économique.

 

 

 

…

 

 

 

Le dessein est clair : un horizon de 50 000 entrepreneurs agricoles.
Voilà le monde qu’on nous promet.
Mais ce n’est pas le monde dans lequel nous vivons et voulons vivre.

 

 

 

Nous vivons de fromages et de légumes passés dans nos mains, de clients plus ou moins lointains, de blés et de pains, de voisins chez qui acheter du foin, mélanger nos troupeaux ou construire des projets en commun.

 

 

 

Nous vivons dans un monde d’argent réel et de projets concrets.
Pour autant, comme dit plus haut, on ne se paie pas de mots. Et aussi plein de sens qu’il soit, notre travail ne réussit pas toujours à nous faire vivre.
Chacun dans sa niche, chacun sur sa ferme, nous baignons tous dans le grand bain économique libéral.
Imaginer, proposer, perdurer, revendiquer : aujourd’hui ne suffit plus.

 

 

 

Le pouvoir est fébrile. C’est maintenant que le sursaut est nécessaire. Il faut convaincre.
On en veut un million, on en a moins de 400 000. Pas un, pas une ne doit manquer. Il nous faut parler à toutes et tous, des fermes de plusieurs centaines d’hectares percluses de dettes et de subventions aux microstructures, subies ou voulues.
Il nous faut comprendre la diversité des situations et les raisons des difficultés à vivre de notre métier. Comprendre pourquoi, et démonter pièce par pièce la machine industrielle qui, du pied du champ aux portes des banques, des pâturages aux champs de betteraves, nous pousse à nous compter, à nous diviser, à jouer notre survie sur un coup de dé, une aide d’urgence ou la disparition du voisin.

 

 

 

L’agriculture, et les paysans et paysannes qui la composent, sont à l’origine de la société humaine. Ils la structurent depuis des millénaires. Les abandonner aujourd’hui aux appétits de la guerre économique serait une erreur grave.
Malgré l’adversité qui nous frappe, soyons debout, forts et solidaires, une fois encore et plus que jamais.

 

 

 

Yannick Becker, Porte-parole de la Confédération paysanne PACA

 

 

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« ON VOUS SOUTIENT ! »
Combien de fois aurons-nous entendu cette phrase ? Sur les ronds-points et les barrages filtrants, sur les marchés par des candidats en campagne, des milliers de fois dans les commentaires de publications souvent douteuses et artificielles. Dans les sondages et sur les chaînes de télévision… On soutient.
90 % des Français soutiennent les agriculteurs.
Et encore au Salon international de l’agriculture, avec le slogan « Venir, c’est soutenir ». Des sénateurs, des députés… Ne pas soutenir, c’est être banni.